Escale Partie II/II

Dès la sortie du FBO, je retrouvais mes têtes connues, et les autres.

Magie de ce métier, il ne faut généralement pas longtemps pour connaitre les prénoms de tout le monde, et sentir l’ambiance générale au sein de l’équipage.

Lorsqu’en escale, un équipage complet décide de faire la même activité, c’est qu’il y a une excellente cohésion et une très bonne ambiance.

Je grimpais dans la Jeep décapotable louée par mon ami, et me présentais rapidement à l’un des chef de cabine et aux deux autres Stew’ présents.

Une fois dans la bagnole, notre petit convoi Made in Air France filait tout droit vers les Studios d’Universal.

Le ciel se dégageait et laisser présager une magnifique journée.

Arrivé aux Studios, je fis la connaissance du reste de l’équipage.

Je racontais un peu mon histoire, comment est-ce que j’avais quitté ma France natale pour venir voler aux US, les expériences uniques que j’avais vécu ici. L’accueil fut on ne peut plus chaleureux, et fut directement “absorbé” au sein du Crew.

Dans un avion, on ne se vouvoie presque jamais, et les “tu”, ou bien encore les prénoms de chacun deviennent spontanés.

La journée se déroulait aux rythmes des attractions, de Jurassic Park en passant par les Simpsons ou bien la Momie, bref c’est vraiment quelque chose à faire dans le coin, pour celles et ceux qui aiment les bonnes sensations.

Après une après midi à mettre nos émotions en émois et à se faire tremper de la tête aux pieds plusieurs fois d’affilées, nous prenions le cap retour vers l’Hôtel.

Et surprise du chef, qui connaissait bien le coin, emmena le convoi sur un petit sentier perdu dans les collines de Los Angeles pour nous retrouver à quelques centaines de mètres du très célèbre panneau Hollywood…

Moi, je leur réservais la surprise de revenir devant ce même panneau, le lendemain… Par la voie des airs.

De retour à l’hôtel, et malgré le décalage horaire qui avait déjà emporté pas mal des membres du Crew durant le trajet retour, nous nous retrouvions tous pour répondre à l’invitation traditionnelle du Pot Équipage.

Dans les escales comme LAX, où découchent simultanément entre 3 et 4 équipages complets tous les jours, il n’est pas rare de trouver une chambre un peu spéciale, entièrement réservée à la compagnie et son personnel, afin qu’ils puissent s’y retrouver, se détendre et faire connaissance.

Ça fait partie encore des très bons côtés de ce boulot, où hommes et femmes, hôtesses, steward ou pilotes se retrouvent.

L’uniforme resté dans la chambre, les masques tombent.

On s’assoie au hasard d’une conversation, et parfois sans le savoir, faisons des rencontres que nous n’oublierons jamais.

Les gens se disent bonjour, bonsoir, sans se connaitre, sans réellement savoir qui est qui et qui fait quoi.

Mais il y a cette ambiance un peu familliale, ce lien d’appartenir à la même compagnie, et au final de faire le même métier.

L’éloignement, la fatigue, la famille et les amis qui manquent, pèsent parfois très lourd sur le cœur de certains, le pot équipage devient un moment très particulier, où des liens, plus ou moins forts se tissent.

Ce qui est marrant dans ce milieu, c’est que l’on rencontre toujours les amis de nos amis, qui sont eux mêmes amis avec d’autres amis etc etc…

C’est une famille minuscule, tout le monde se connait.

Au hasard d’une table où le vin coulait plus fort que sur les autres, je m’asseyais sans le savoir en face de deux copi d’équipages différents.

Il nous a pas fallu longtemps pour comprendre que nous étions tous les 3 pilotes.

Nos profils étaient différents, et nos expériences aussi, et pourtant, d’égal à égal nous avons passé la soirée à discuter, raconter nos petites anecdotes, nos histoires et notre vécu.

Toujours la même réaction stupéfaite en apprenant que j’avais posé les roues de mon C172 en parallèle des grandes godasses de leur 777 à LAX fin septembre.

Et moi, toujours le même plaisir à les écouter parler de leur bureau que je convoite depuis tant d’années. Non pas que je sois un grand fana du Long Courrier, mais un cockpit reste pour moi un cockpit, d’un beech au 777.

Magie des réseaux sociaux, nous nous échangeâmes rapidement nos contacts, avant de retourner chacun dans nos petit nid.

Car c’est aussi ça une rotation.

C’est éphémère, les gens apprennent à se connaitre, parfois s’apprécient, parfois s’ignorent.

Parfois certain(e)s accrochent plus que d’autres, parfois l’équipage reste soudé jusqu’au bout, et d’autres se désolidarisent à la moindre occasion.

C’est un mélange de caractères, un melting pot de personnalités.

Le lendemain matin, après un petit déjeuner copieux à découvrir de nouvelles têtes qui n’avaient pas trouvé la force de venir prendre un verre au “Pot”, j’emmenais 3 compères dans mon humble Cessna 172, leur faire découvrir ce que la Notice Escale ne leur décrit pas.

Los Angeles vu du ciel. Et en gros plan.

Bien sur, après avoir remonté la côte de Newport Beach jusqu’à Santa Monica, en passant par l’inénarrable LAX Mini-Route Transition à 2500ft au dessus du 6ème aéroport mondial, nous sommes rentrés dans les terres, près du centre d’affaires de L.A.

Et après avoir posé devant le fameux panneau Hollywood, aujourd’hui nous le survolions de près, pour le plus grand plaisir de mes passagers.

Après cette petite balade hollywoodienne, et un deuxième passage entre les “Heavy” en finale et au départ de LAX toujours à 2500 pieds vous vous en doutez, je demandai à SoCal quelle était l’altitude minimum autorisée en VFR sous Flight Following au dessus du trait de côte ?

Réponse immédiate : “As low as you want.”

Sweeeeeeeeet!!

Du radada dans le désert en classe G, j’en avais déjà fait un certain nombre de fois, voir un nombre de fois certain!

Mais là comme ça, à 100 pieds au dessus des plages de LAX jusqu’à Santa Ana, c’était complètement fou.

Point de photos, ni de vidéo, nous avons gardé ce moment pour nous et je vous prie de me croire qu’il était particulièrement intense.

Plus de 50 nautiques en rase motte, les plagistes nous faisant de grands gestes des bras pour nous saluer, ou bien encore les surfeurs levant la tête pour voir ce qui leur passait au dessus de la tête.

Survoler à plus de 140 nœuds les immenses déferlantes s’étalant sur les dizaines de kilomètres des plages californiennes , j’étais à peu près certains qu’ils ne l’avaient jamais fait avec leur 777…. !

Et vu leurs sourires de grands enfants, je ne devais pas être trop loin de la vérité.

Nous étions tellement bas, qu’à chaque changement de fréquence nous étions obligés de reprendre 500 pieds pour avoir droit au “Radar Contact”.

Mémorable…

Après avoir ramené au sol tout c’beau monde, nous avons pris une voiture équipage gracieusement prêtée par mon FBO ( une petite Ford Mustang décapotable s’iouplait… ) et avons mis le cap sur Huntington Beach, afin de déguster un bon burger sous le fort soleil californien.

Et dire qu’en France ils annoncent encore des grèves…

Nous avons refait notre vol et le monde une ultime fois, et puis nous nous sommes dit au revoir.

C’est à chaque fois le même sentiment. On aimerait que ça ne s’arrête jamais, on serre des mains, fait des bises, notons des numéros de portables, des mails, des contacts facebook.

On se dit à la prochaine, quelque part dans un avion ou en escale.

Le hasard des rotations est parfois très surprenant.

Et puis on tourne les tallons et chacun retourne à sa petite vie.

Moi je remonterai dans mon 172 pour San Diego, et eux ramèneront quelques 350 passagers sur Paris, après 10 heures de vols.

Au petit matin, une fois débarqués, quelques part dans un sous sol de la Cité PN à CDG, ils se diront au revoir, comme on s’est dit à la prochaine, ici en Californie.

Promesses de se revoir, de refaire un vol ensemble.

Pourtant, malgré l’intensité d’une escale plutôt unique, on ne se reverra probablement jamais, ni moi ni les autres, à part les amis qu’on avait déjà.

On se recroisera surement un jour, et c’est à peine si on se reconnaitra.

C’est ça une escale.

Intense, mais éphémère.

A bientôt sur mes lignes…

    • Buonomano
    • 12 octobre 2010

    Un grand merci Monsieur pour ce blog merveilleux, vous m’avez fait voyager, vous m’avez fait rever…

  1. sayin’ again : thanx :)

    pendant que vous vous amusiez à Universal, d’autres crapahutaient plus de 26 miles autour de Chicago… la récompense : un petit tour en C172 :) du rêve… http://goo.gl/4kwf

  1. Pas encore de rétroliens.

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